Le cerveau humain: le (vrai) terrain de la guerre informationnelle

Février 2022, guerre en Ukraine: malgré les alertes, l’invasion russe surprend. Comment la désinformation a-t-elle semé le doute? Dans la guerre informationnelle, le cerveau humain est devenu le champ de bataille des stratégies d’influence pour fragiliser la cohésion sociale et bloquer la décision.

Retour en février 2022. Les troupes russes se massent à la frontière ukrainienne, la tension monte entre les deux voisins, les services de renseignements américains et britanniques alertent sur l’imminence d’une invasion, et pourtant les déclarations politiques se multiplient, les spécialistes de géopolitique se succèdent sur les plateaux de télévision ou dans les colonnes des journaux pour expliquer que la guerre n’aura pas lieu.

Le 15 février à Kiev en Ukraine, Luigi Di Maio, le ministre italien des Affaires étrangères indique: « J’ai pris note des récentes évaluations de l’Ukraine sur l’absence de signes relatifs à une invasion imminente ou à une opération militaire de grande envergure »

Le 16 février à Marioupol, le président ukrainien Volodymyr Zelensky insiste: « La situation est contrôlée par nos militaires. (…) Nous voyons une accumulation de troupes qui n’a pas changé ces dernières semaines ». Le 18 février, le président russe Vladimir Poutine renchérit: « Je dois préciser que ces exercices sont de nature purement défensive et ne menacent personne. »

« L’enjeu de la guerre informationnelle, c’est la maîtrise de votre cerveau »

Quelques jours plus tard pourtant, le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine, et plus de 4 ans après, la guerre n’est pas terminée. Comment un tel aveuglement a-t-il été possible? À ce moment-là, tout le monde savait que les chars russes se positionnaient mais le Kremlin a développé tant d’explications alternatives que l’invasion, préparée soigneusement, vers laquelle on se dirigeait de toute évidence, était devenue… une opinion parmi d’autres. 

Or, les esprits rationnels cherchent des preuves pour décider et agir. Et c’est bien sur le terrain cognitif que se joue la bataille contre la désinformation, c’est-à-dire sur l’ensemble des processus mentaux liés à la connaissance: ils mettent en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception ou l’attention… autrement dit le cerveau humain.

« L’enjeu aujourd’hui de la guerre informationnelle, c’est la maîtrise de votre cerveau », explique Benoît Thieulin, fondateur de La WarRoom, cabinet d’études spécialisé dans la guerre cognitive et informationnelle. « Certains se pensent protégés, croient que c’est une histoire de niveau d’instruction, c’est complètement faux. Appartenir à une catégorie socio-professionnelle supérieure (CSP+) ou être titulaire d’un doctorat ne protège pas des fake news. Tous les cerveaux, mis sous conditions, face à des écrans dans lesquels les algorithmes vont précipiter une information qu’on ne maîtrise pas, sont des cibles. La guerre informationnelle vise à prendre le contrôle des cerveaux des gens, pour prendre le contrôle de la société dans laquelle ils vivent. »

Docteur, comment le cerveau réagit-il face aux informations?

Pour comprendre le mécanisme, il faut d’abord expliquer comment fonctionne notre cerveau. Nicolas Spatola, docteur en psychologie sociale et cognitive et chercheur en sciences sociales, résume ainsi: « Le cerveau humain est prédictif. Il a un modèle, une représentation du monde qui se construit au fur et à mesure de ses interactions avec son environnement: je m’attends à ce qu’il se passe des choses dans le monde, donc je fais des hypothèses sur ce qui va se produire par rapport à mes connaissances, par rapport à mon expérience. Je compare entre ce qui se passe et ce que j’avais prévu, et je me demande: y a-t-il de nouvelles informations? Dois-je remodeler mon schéma de pensée, mes représentations du monde? C’est par là que passe l’apprentissage: on essaie, on se trompe et on apprend. »  

Quand arrive une information, vraie ou fausse, le cerveau s’interroge sur sa cohérence avec sa propre représentation du monde. Le cerveau la pondère avec l’esprit critique. Si l’incohérence est trop importante, le cerveau va considérer qu’il y a eu transformation de l’information. En revanche, si c’est plus ambigu ou interprétatif, l’information est plus facile à intégrer, et davantage encore si elle correspond aux opinions de celui qui reçoit l’information. 

Grégoire Borst, professeur de psychologie et neurosciences de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris-Cité, précise: « Notre cerveau a la particularité de fonctionner à l’économie. Parce qu’il est très gourmand en glucose et en oxygène, une des façons de pouvoir limiter sa consommation d’énergie, c’est d’utiliser des raccourcis de pensée, ce qu’on définit par un biais cognitif. Un certain nombre de biais vont effectivement raisonner avec la façon dont les désinformateurs vont présenter les informations. »

« Si je mets une blouse blanche, vous aurez tendance à penser que ce que je dis est vrai. »
Grégoire Borst, professeur de psychologie cognitive et neurosciences

En premier lieu, le biais de confirmation. Toute information qui va dans le sens de notre système de croyances et de connaissances sur le monde aura tendance à être considérée comme vraie, notamment parce qu’on y porte plus attention, on a tendance à mieux la mémoriser qu’une information qui vient contredire nos opinions. 

« C’est extrêmement puissant. Sur les réseaux sociaux, le fil algorithmique étant basé précisément sur vos préférences, très rapidement on peut vous pousser des fausses informations, qui du moment qu’elles sont en cohérence avec votre système de croyances, vont vous impacter très fortement », explique le professeur

Deuxième biais très puissant, le biais d’autorité. Grégoire Borst prend pour exemple le cas du médecin français Didier Raoult pendant la pandémie de Covid-19. « Si je mets une jolie blouse blanche, que je vous dis que je suis le plus grand professeur de médecine qui a jamais existé et que j’ai publié 1.300 articles et que je vous dis ensuite n’importe quoi, notamment sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine, vous aurez tendance à penser que c’est vrai, parce que vous considérez que je suis un expert, et au titre de mon expertise que ce je dis est vrai, même si la méthode scientifique pour tester l’efficacité du médicament n’a pas été respectée. » 

Nicolas Spatola complète: « Le processus de désinformation consiste à faire entrer dans les représentations des individus une pensée, une représentation du monde, qu’on souhaite qu’ils aient. C’est très dur à faire fonctionner: les gens sont en réalité peu sensibles à la désinformation. Ils le sont davantage à la mésinformation »

Il s’agit alors d’informations fausses ou trompeuses diffusées sans intention de nuire, car le diffuseur ne sait pas que les informations sont incorrectes, par exemple lorsqu’on partage de faux messages à ses proches ou qu’on pense avoir sincèrement raison. Cependant, les conséquences d’une fausse information, diffusée de façon intentionnelle ou non, peuvent être néfastes, en particulier en matière de santé ou de politique.

Trois grands « systèmes de pensée »

En simplifiant, on peut considérer que le cerveau est organisé autour de 3 grands systèmes de pensée. Grégoire Borst détaille: « Premièrement, un système heuristique qui s’appuie sur les biais cognitifs, deuxièmement un système analytique qui nous permet précisément d’analyser la source d’une information et de délibérer quant à sa véracité, et enfin un système d’arbitrage qui permet au cerveau de choisir entre les moments où on peut s’en remettre à son système heuristique et les moments où il faut réengager sa pensée analytique et délibérative. »

Il ajoute: « Les principes de la désinformation consistent soit à maximiser les contextes qui vont déclencher le système heuristique, le système de raccourcis de pensée, en créant des émotions extrêmement importantes sur la personne qui va recevoir l’information pour court-circuiter son système analytique et délibératif, soit à créer une saturation intentionnelle chez le cerveau récepteur de l’information, de telle manière qu’il n’ait plus de ressources pour engager sa pensée analytique et délibérative, ou une combinaison des deux. » 

Trois « écoles » de guerre informationnelle: américaine, chinoise et russe

Benoît Thieulin, également co-auteur avec Pierre Vallet d’un article dans la revue Le Grand continent, rappelle que cette guerre de l’information n’est pas nouvelle: « Ce qui est très nouveau, c’est son industrialisation. C’est-à-dire qu’aujourd’hui on est capable, parce que tout est connecté et médié par des algorithmes, de maîtriser l’information qu’on va vous soumettre, de maîtriser la réaction que vous allez avoir à cette information, de vous en soumettre une autre en connaissant la réaction que vous avez eue sur la précédente. »  Cette guerre informationnelle est dominée par trois « écoles » aux pratiques et visées différentes : américaine, chinoise et russe, qui se renforcent les unes les autres dans un écosystème convergent.

L’école américaine cible avant tout le système limbique du cerveau. Elle joue sur les émotions, l’indignation, la colère, la peur… appuyées par les algorithmes des plateformes de réseaux sociaux américaines (Facebook, X, YouTube…) qui favorisent la visibilité de ces contenus. 

(Re)lire YouTube, Facebook, X : les algorithmes favorisent la désinformation

L’école chinoise se concentre davantage sur le cortex préfrontal. L’objectif est une dégradation de l’attention, de la concentration et de la capacité de jugement, en ciblant en premier lieu les jeunes générations. « Globalement, les adolescents de 11 ans sont absolument incapables de discerner les vraies des fausses informations. Progressivement, cette compétence progresse, en France jusqu’à 35-40 ans, puis elle a tendance à diminuer. Ce développement diffère selon les pays, selon l’environnement informationnel dans lequel vous êtes baigné. En Angleterre et aux États-Unis, cette compétence est plutôt maximale à l’adolescence, mais a tendance à diminuer sur le reste de la vie » précise Grégoire Borst.

Pour rappel, Douyin, la version « chinoise » de TikTok destinée au marché intérieur, propose du contenu éducatif avec des limites de temps pour les mineurs, tandis que la version exportée à l’international par la maison-mère ByteDance favorise les formats courts, le scroll infini et la gratification immédiate.

« Plus on est jeune, plus notre représentation du monde est en construction, plus c’est mouvant. C’est pour cela que la jeunesse est une cible de choix. » 
Nicolas Spatola, docteur en psychologie sociale et cognitive

L’école russe s’appuie sur l’écosystème bâti par les deux précédentes et vise à la fois le système limbique et le cadre logique. Il s’agit de créer le doute, diviser, polariser. Une méthode ancrée dans l’histoire comme le rappelle l’historien Laurent Boris dans une note de l’institut de relations internationales et stratégiques :  » La guerre informationnelle russe s’inscrit dans une tradition stratégique ancienne, héritée à la fois de l’Empire russe et, plus encore, de l’Union soviétique, qui a très tôt fait de la manipulation de l’information un levier central de contrôle et de puissance, (…) continuellement affiné, modernisé et numérisé, mais demeurant fidèle à un principe central : affaiblir l’adversaire non en l’affrontant directement, mais en altérant sa perception du réel. (…) Dès les années 1920, la propagande bolchevique ne se limitait pas à convaincre : elle visait à structurer les perceptions, à orienter les comportements et à fragiliser la cohésion des sociétés adverses. » 
Pour cela, deux leviers essentiels : la contamination des récits, avec un narratif et un vocabulaire ciblé, soutenue par la saturation de l’espace informationnel. Le but n’est pas tant de faire prendre la mauvaise décision mais d’empêcher toute décision, avec des citoyens capables de porter des positions contradictoires selon le moment, le lieu, et souvent, sans même s’en rendre compte.

Benoît Thieulin souligne par exemple « l’idée que l’Europe, et que l’Occident et l’OTAN en particulier, aient pu humilier la Russie, c’est typiquement un narratif russe qui a mis dix ou quinze ans à s’implanter dans les esprits des Européens, et qu’il est très difficile aujourd’hui de combattre. Même des présidents français (ndlr : Emmanuel Macron en juin 2022) ont dit qu’il ne fallait pas « humilier la Russie ». D’une certaine manière, c’était déjà une victoire sémantique et cognitive des Russes. »

Distinguer l’information au milieu du « bruit »

Pour parvenir à ces victoires cognitives, il s’agit de créer du « bruit », noir et blanc, comme l’ont théorisé Yuriy Danyk, major-général ukrainien aujourd’hui professeur à l’Institut polytechnique Igor-Sikorsky de Kyiv, Chad M. Briggs, professeur américain à l’Asian Institute of Management, et Robert Weiss, professeur à l’Université Virginia Tech. 

Le « bruit blanc » consiste à multiplier les versions sur tous les sujets avec autant de sources, de points de vue et de vérités alternatives que possible. L’objectif étant de créer un monde où on ne sait plus distinguer une version de l’autre, et où on ne sait plus à quelle source se fier. 
Cette technique du « bruit blanc » est d’autant plus efficace quand elle est associée au  » bruit noir » qui repose sur la négation du signal et du référent: « Il s’agit de discréditer les médias, les institutions, les experts, les fact-checkers, toute figure d’autorité, non pas en les contredisant, mais en les noyant dans le bruit. Quand tout le monde parle, celui qui dit la vérité n’est qu’une voix parmi d’autres » écrivent Benoît Thieulin et Pierre Vallet.

In fine, citoyens, journalistes, décideurs ne parviennent plus à séparer le bon grain de l’ivraie, et le système bascule vers une nouvelle réalité baptisée « cygne d’acier » par Danyk, Briggs et Weiss. Ce « cygne d’acier » caractérise la destruction en amont de la capacité d’analyse, de décision et d’action : l’évènement se produit mais le système ne peut y répondre. Avec deux conséquences. La première est la « paralysie décisionnelle » : on ne décide pas car on ne sait plus sur quelle base le faire. « On n’y est tellement pas préparé qu’on reste dans la sidération, dans une forme de paralysie » précise le fondateur de La WarRoom. La seconde est la « nécrose institutionnelle » : l’institution agit contre ses propres intérêts sur la base de fausses informations.

« Nos cerveaux ne supportent pas l’ambiguïté, analyse Grégoire Borst. Face à une situation ambigüe, vous préférerez toujours une situation dans laquelle vous avez des probabilités associées, même si la prise de risque est importante. D’où le fait qu’on peut assister à des choix totalement irrationnels, y compris des institutions qui, face à un flot d’informations totalement contradictoires, peuvent prendre des décisions extrêmement risquées aux conséquences et externalités négatives importantes ».

Réguler les autoroutes de l’information

Une méthode désormais bien connue pour répondre à la guerre informationnelle est la vérification des faits ou fact-checking. Mais face à l’ampleur du phénomène, elle s’avère bien insuffisante car elle arrive toujours trop tard, quand le mal est fait. « En guerre cognitive, le camp qui s’explique est le camp qui perd » estime ainsi Yuriy Danyk. 

« Mieux que le débunking (ndlr : démystification des faits), ce qui fonctionne, c’est plutôt le prébunking (ndlr: démystification préventive) des fausses informations, précise Grégoire Borst. Pour cela, il faudrait avoir des systèmes de vigilance et d’énormes moyens mis, notamment dans les grandes entreprises de réseaux sociaux, pour supprimer les contenus inappropriés ou qui contiennent de la désinformation. Mais on voit bien que ce n’est pas la tendance, au contraire. Il y a donc une question de régulation de ces plateformes qui, plus que des réseaux sociaux, sont finalement des réseaux informationnels et devraient être régulés comme des médias. »

Pour Benoît Thieulin, « les bases de la confiance dans nos modèles ont été remises en cause, en particulier mais pas seulement, par l’instillation d’un poison lent par des puissances étrangères, notamment les Russes, mais aussi un poison que nous-mêmes sécrétons, puisqu’on a la chance d’être dans un espace de liberté d’expression et le droit de débattre y compris de la démocratie. Nos « adversaires » utilisent nos failles, avec notamment tous ces algorithmes qui ont tendance à radicaliser, à polariser les esprits. On organise une grande part du débat public, c’est à dire notre consommation et notre production d’information, les échanges entre citoyens, sur des réseaux, des infrastructures sur lesquelles nous n’avons pas la main et que nous ne parvenons pas à réguler correctement, un peu comme des autoroutes sur lesquelles on ne pourrait pas limiter la vitesse ! »  

Tous les interlocuteurs interrogés insistent sur la nécessité aujourd’hui de recréer un espace de confiance. 

Recréer la confiance… grâce à la « transparence radicale »

Pour ce faire, Benoît Thieulin prône d’abord la « transparence radicale », s’inspirant du travail d’un étudiant ukrainien en droit de 26 ans rencontré lors d’un récent voyage. Roman Pohorilyi a cofondé l’un des sites les plus consultés au monde sur la guerre en Ukraine : DeepstateMap.live, une carte interactive alimentée par les soldats ukrainiens eux-mêmes, et viable grâce à financement participatif. Elle sert de référence aux experts et médias qui suivent l’avancée du front.

Roman Pohorilyi démontre l’intérêt de dire la vérité même si elle est mauvaise à entendre. Pendant l’hiver 2025-2026, en pleine bataille de Pokrovsk, un commandant de brigade transmet au quartier général de fausses infos affirmant que la situation est sous contrôle, or DeepstateMap publie en temps réel cartes, pertes et positions des troupes. Le commandant en chef envoie des renforts qui permettent de rétablir provisoirement la situation, même si la ville finit par tomber quelques semaines plus tard.

En France, aux débuts de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, beaucoup ont reproché au gouvernement d’avoir déconseillé le port de masques pour éviter une ruée dans les pharmacies et tenter d’atténuer le débat sur la pénurie d’équipements de protection élémentaires. En a résulté une grande défiance envers la capacité des pouvoirs publics à gérer la crise et à informer correctement la population. Le baromètre 2026 de la confiance politique du CEVIPOF en France indique que seuls  22% des Français déclarent avoir confiance dans la politique et plus de la moitié des Français (51%) estime qu’il n’y a pas de quoi être fier du système démocratique. 

« C’est très dangereux, car si on perd la confiance dans les personnes, élues, censées organiser la société pour le bien commun, à cause de problèmes éthiques, moraux, d’un manque de transparence, c’est un terreau parfait pour dire tout et n’importe quoi, toutes les discussions partent dans tous les sens et ça devient un brouhaha général dans un espace saturé d’informations. Comment faire société ensuite? » interroge Nicolas Spatola.

… grâce à l’indépendance et la société civile

Autres leviers mis en avant : l’indépendance (beaucoup d’ONG refusent désormais des financements étatiques par peur de perdre en crédibilité) et l’auto-organisation de la société civile, innovante et réactive, qui crée des outils en réponse à la désinformation. Une société civile qu’il convient de protéger, avec des mesures spécifiques pour les « vecteurs de vérité », autrement dit les journalistes, les lanceurs d’alerte et les universitaires, etc. 

« Toute la société doit se bouger, insiste Benoît Thieulin. Ces réseaux, WhatsApp, TikTok, Facebook, X, YouTube, ce sont des milliers d’agoras sur lesquelles se forge une partie de nos opinions. Avant il y avait des filtres, des éditeurs, des journalistes. Ces médias existent toujours, mais ils ont baissé en audience et ils sont concurrencés par une profusion de contenus produits sur ces médias sociaux, avec au fond une dérégulation totale de l’information. C’est notre responsabilité à tous, en tant que citoyens de se renseigner, de contester les informations, de les croiser. L’éducation aux médias est clé. » 

… grâce à l’éducation aux médias et à l’information

L’éducation aux médias et à l’information ne doit pas viser uniquement les adolescents mais toute la population, car il a été démontré que les seniors partagent davantage de fausses informations que le reste de la population. « Il faut réussir à sensibiliser les individus à tous leurs biais quand ils prennent des décisions vis-à-vis de l’information, mais aussi aux techniques rhétoriques de manipulation du discours qui sont utilisées par les gens qui créent des fausses informations pour créer des cerveaux résilients » insiste Grégoire Borst.

Restaurer la confiance dans les médias traditionnels, dans lesquels travaillent des journalistes selon une charte d’éthique, semble primordial. L’erreur est humaine, dans ces médias comme ailleurs, la mésinformation y est donc possible, mais elle corrigée dès qu’on s’en aperçoit, comme l’impose la déontologie. Ce n’est pas le cas ailleurs.

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